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Oh, mamie, oh mamie blues…

Longtemps tu as été un phare dans la nuit, une lumière que je voyais briller toujours au loin, cette lumière qui s’est éteinte il y a maintenant 10 ans, une lumière devenue une simple lueur et qui s’est estompée au fil des années pour ne devenir qu’un léger scintillement lointain. Ce phare qui me permettait de naviguer sans trop de dommages sur un océan bien encombré de déchets et dont je ne voyais pas toujours l’horizon, alors je me raccrochais à la lumière du phare pour ne pas couler. Aujourd’hui, le bateau a navigué, tant bien que mal, malgré les tempêtes mais il vient de lancer une fusée de détresse et personne pour y répondre. Le phare reste vide, désespérément éteint, sans vie et sans réponses à ses messages envoyés, ces SOS d’un petit-fils en détresse. Dix ans, c’est long, mais court à l’échelle d’une vie, en dix ans, il s’en passe des choses, tellement de choses qu’on en oublie l’essentiel, ce quotidien si prenant, si usant, si fatiguant, si enfermant, à tel point qu’il efface de notre mémoire les gens qui ne sont plus là, gommant peu à peu les traces d’un passé qu’on croyait heureux et qui va se ranger au fil du temps dans l’un des nombreux tiroirs de notre cerveau, un peu trop caché peut-être parfois et de plus en plus poussiéreux pour terminer comme un vague souvenir. Il est là le drame de la vie, le quotidien grignote petit à petit ce passé enfoui dans un coin de notre tête, ces nouvelles images, ces nouvelles sensations, ces nouvelles expériences ont besoin de place alors elles empiètent sur ces souvenirs du passé, ces images réconfortantes, ces odeurs et ces mots échangés. Tu m’as laissé bien seul, il y a dix ans, et aujourd’hui, chacun à notre manière nous sommes très entourés, mais au fond de nous, orphelins l’un de l’autre. Moi qui étais si fidèle, et qui venais te voir si régulièrement, voilà bien longtemps que je ne suis pas venu te saluer, ne serait-ce qu’un petit bonjour, l’éloignement géographique y est pour beaucoup. Aujourd’hui, Mamie, je te comprends mieux, toi qui vivais tant dans une certaine mélancolie, voulant se protéger des bassesses et des malheurs du monde. Tu aurais été cependant heureuse d’être arrière grand-mère, tu aurais été fière peut-être d’assister à ce mariage dont tu me parlais tant, tu aurais alors réussi à convaincre Papi qui n’a pas pu ou voulu y assister en raison de son état de santé, ce qui restera pour moi un grand regret de ne pas l’avoir eu ce jour-là à mes côtés. Ton bonheur au prix de ma liberté, la dépense n’en aurait été que minime. Tu aurais eu cependant des angoisses et de l’inquiétude pour ce petit-fils à la carrière déclinante, mais tu ne l’as pas connu, tu n’as vécu que le meilleur, ce temps où tu pouvais m’écouter parler dans le poste, peu importe mon statut, peu importe la précarité, peu importe les difficultés et peu importe la puissance de la radio, même une radio plus importante n’aurait pas eu grâce à tes yeux car trop éloignée pour m’écouter et ainsi ressentir ce sentiment de fierté que tu savais si bien retranscrire ensuite dans tes yeux et dans tes mots. Tu n’a pas connu cette longue descente aux enfers, ce mal-être qui est le mien depuis des mois, tu aurais peut-être eu une influence positive sur ce sentiment grandissant qui me ronge, j’aurais relevé la tête pour toi c’est une évidence, trop soucieux de te renvoyer une image positive, celle d’un schéma qui nous est prédestiné mais dans lequel, parfois, certaines personnes n’y trouvent pas leur compte. Tu n’as pas connu tant de bouleversements dans la vie de ceux que tu aimais, tu n’auras pas connu les écueils, tu n’auras pas connu les drames, tu n’auras pas connu les guerres, tu n’auras même pas connu le remplaçant de Julien Lepers…et oui, impensable à ton époque qu’il soit remercié mais pourtant c’est ce qui est arrivé ! Ce monde d’aujourd’hui t’aurait tellement fait peur, toi l’éternelle inquiète. Alors, je me console en me disant que tu es désormais heureuse, entourée des personnes qui te sont si chères, ce mari que tu aimais tant et que tu ne voulais pas voir disparaître avant toi ou encore cette soeur dont tu étais si proche, et dont le départ avait été comme un arrachement d’une partie de toi. Je vous imagine tous les quatre, en train de faire votre partie de cartes du dimanche, celle qui était devenue un rituel chaque semaine pendant tant d’années et que je suivais avec délice. Je me console en me disant que nous avons un point commun : le goût du sel, celui des larmes qui coulent parfois sur mon visage lorsque je pense à toi et qui ont ce même goût de sel, celui de cet océan sur lequel je tente de ne pas chavirer mais dans lequel, je le sais, il reste toujours ce phare, plus ou moins visible dans le brouillard de plus en plus épais, et qui me permettra, je l’espère, d’éviter les récifs et tout simplement le naufrage…Ce phare qui, un jour, deviendra mon refuge…

Incroyable Horace…

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Sur le papier, on peut dire que Horace a tout pour être heureux : prof d’histoire-géo dans un prestigieux lycée parisien, il habite un bel appartement bourgeois, passe ses vacances d’hiver à Chamonix, l’été dans sa maison du Cap Ferret et il est invité un peu partout en raison du statut de sa femme qui n’est autre que la présentatrice du journal de 20H de la principale chaîne de télévision. Sur le papier oui, mais Horace, après 18 ans de mariage et surtout après d’innombrables dîners ou « brunchs », il s’ennuie. Ses deux enfants, deux ados, ne lui parlent que rarement, entre deux SMS envoyés sur leur téléphone portable, et être marié à la star du 20H n’est pas non plus chose facile, tellement la futilité et l’apparence l’emportent sur des repas interminables et profondément ennuyeux. Horace, il étouffe, il n’en peut plus de ses faux-semblants, de cette vie bien rangée, matériellement aisée mais moralement si pauvre. Alors, Horace, il va écouter son coeur, il va enfin faire ce qu’il a envie, quitte à brusquer un peu les choses comme vider une poubelle entière dans la voiture d’une conductrice qui venait de jeter un paquet de cigarette par dessus sa vitre ou bien encore, pire, abandonner sa famille, femme et enfants, sur une aire de l’autoroute A10 pas très loin de Poitiers, pour pouvoir aller à St Etienne retrouver un ancien ami d’enfance. Horace, il veut du vrai, de la chaleur humaine, des bons sentiments, ce qu’il trouve d’ailleurs chez ses grands-parents qui l’ont toujours soutenu, lui qui ne voulait pas devenir prof d’histoire-géo mais ébéniste et qui avait tout simplement voulu faire plaisir à ses parents. Horace, qui a besoin d’air, qui veut enfin faire les choses qu’il a envie de faire, qui veut profiter de la vie et qui veut surtout qu’on lui foute la paix. Horace est courageux, il est drôle, attachant, sincère surtout et Horace il est parfois (ou souvent) le reflet de notre propre existence et de nos propres envies. Horace, il est libre. Horace, il fait du bien. Merci Horace….

Se souvenir de l’essentiel…

Se souvenir de l’essentiel, c’est notamment se souvenir qu’il y a 70 ans, le monde entier connaissait enfin l’épilogue d’un conflit sanglant, la Seconde Guerre Mondiale. 71 ans exactement ce 8 mai 1945, 71 ans l’âge d’un grand-père, ce grand-père qui a peut-être connu la guerre et ses atrocités.

On a du mal aujourd’hui à se faire une idée de ce qu’était la vie il y a 71 ans, en France comme dans la majorité de l’Europe. On a du mal à s’imaginer ces années de privations, de mort, de haine et pour finir cette libération, cette joie, inversement proportionnelle à la tristesse de ces années sombres, pour ne pas dire noires. Ce dimanche 8 mai 2016, France 2 diffuse un beau documentaire sur la période de l’après-guerre, juste après la libération en 1945 et cette belle phrase en guise d’introduction ou plutôt de problématique : le 8 mai 1945, la France et ses alliés ont gagné la guerre mais vont-ils désormais gagner la paix ? Et c’est en effet cette question qui s’est posée à la Libération, logique au vue de l’ampleur du désastre. Désastre que l’on doit en partie à un homme, Adolf Hitler, fondateur et dirigeant du parti Nazi à partir de 1933. Un homme qui a disparu il y a 71 ans, quelques jours seulement avant l’armistice, preuve d’une certaine lâcheté et d’un profond cynisme à l’égard des nombreuses victimes dont il est le responsable. Des millions de morts, sur fond d’idéologie souvent fondée sur le mensonge, la propagande et les outrances. Et un point de mire : les juifs. Cette haine du peuple juif est née très tôt dans la tête d’Hitler et par ses talents d’orateurs, tous le reconnaissent à l’époque, il va convaincre une bonne partie de la population des dangers que pèsent la présence des juifs au sein de la population allemande, une représentation faible en pourcentage mais suffisante pour en faire des cibles privilégiés de tous les maux de la société allemande. Une société qui ne s’est pas remise de la Première Guerre Mondiale, où la pauvreté se répand partout, où le chômage touche une bonne partie de la population. Hitler va réussir à créer l’illusion d’une amélioration avec une éradication du chômage, du travail pour des millions d’allemands, leur rêve de s’étendre sur une bonne partie de l’Europe relancé, et surtout une fierté retrouvée, cette fierté disparue en 1918 après la défaite. Que dire aussi des hommes qui ont entourés Hitler, de ces fous convaincus de le suivre sur le bon chemin, peu importe les méthodes. On pense alors à Himmler, chef des SS et responsable de ce que l’on a appelé la « Solution Finale » ; on pense à Goebbels, ministre de la propagande, responsable de la diffusion de toutes les informations du parti Nazi entre 1933 et 1945 ; Göring l’un des principaux lieutenants d’Hitler, un homme mégalomane qui va faire entrer l’Allemagne économiquement dans la guerre et qui sera l’un des rares à être jugé à la fin de la guerre au procès de Nuremberg (il se suicidera en prison en 1946) ; ou encore Speer, architecte proche d’Hitler et qui sera nommé ministre de l’armement en pleine période de guerre et qui sera aussi jugé coupable et condamné à 20 ans de prison après la guerre, lui qui n’a jamais reconnu avoir eu connaissance des crimes perpétrés par les nazis, lui qui aura nié jusqu’au bout alors qu’une photo le montre visitant un camp de concentration mais une photo arrivée bien après la période de prescription. Que dire aussi du directeur du camps d’Auschwitz, qui vivait près des fours crématoires avec sa famille de manière tout à fait détendue, et qui sera pendu à l’intérieur même du camps peu de temps après sa libération. Que dire de ces centaines d’habitants « invités » ou plutôt forcés par les alliés à venir voir les atrocités commises dans le camps d’extermination juste à côté de chez eux, persuadés par la propagande qu’il ne s’y passait pas grand chose.

Il est à peine imaginable aujourd’hui de se dire que des millions de gens sont morts entassés comme du bétail dans des camps délimités par des barbelés et gardés par des militaires, qu’un homme ait pu décidé d’envoyer dans des fours des hommes, des femmes, des enfants au seul prétexte de leur naissance et de leur appartenance à un peuple qui faisait jusque là partie de l’humanité sans que cela pose problème. Aujourd’hui 8 mai 2016, comme chaque année, sans avoir connu de telles atrocités mais ayant regardé et lu beaucoup de choses sur cette période, il était important de se souvenir que cette barbarie était née dans les urnes, de manière tout à fait démocratique ne l’oublions pas, que cette barbarie était fondée sur la haine de l’autre, sur le rejet d’une certaine partie de l’humanité, sur la volonté de monter des catégories de populations qui jusque là cohabiter très bien entre elles, qu’il y a eu des millions de gens morts en raison de la folie de quelques uns. C’était il y a 71 ans, l’âge d’un grand-père, celui qui aime tant aujourd’hui partager ses souvenirs mais qui, il y a 70 ans peut-être, partageait l’idée d’une France et d’une Europe libre et sans victimes. Une génération sépare les larmes d’hier avec les sourires d’aujourd’hui, une génération ce n’est pas grand chose, juste assez cependant pour ne pas oublier…trop vite…