L’envers du décor…1

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Ce métier de journaliste a une certaine image, un certain « standing », avec aussi pas mal d’idées fausses ou tout simplement d’ignorances. Ce blog va permettre de décortiquer un peu le travail de journaliste et vous présenter un peu « l’envers du décor ».

J’ai choisi pour commencer cette série un reportage daté du 15 janvier 2015, quelques jours après les attentats qui avaient touché Charlie Hebdo. Semaine un peu particulière car nous étions alors dans une grande émotion, une sorte d’état second après ces attaques qui avaient alors envahi les ondes et les écrans, à la limite parfois de l’overdose. Emotion à la hauteur de l’horreur mais amplifiée, il faut bien l’avouer, par la cible choisie, en l’occurrence la presse, et les médias ont alors réagi de manière parfois un peu exagérée, car on s’était attaqué « à l’un des leurs ». Réaction un peu corporatiste mais partagée par l’ensemble ou une grande partie de la population. Dans ce cas, difficile de faire son métier sereinement. S’est alors posée la question très vite, au sein de la rédaction où je travaillais, de la manière de traiter le sujet au plan local. Il s’agissait d’un événement national, de portée presque mondiale. Passée l’émotion, il a fallu trouver alors ses sujets permettant de parler du sujet sans pour autant en faire trop. L’occasion nous a été donnée avec la parution d’un nouveau numéro de Charlie Hebdo, le premier d’après les attentats, là aussi une portée symbolique. J’avais pressenti un peu l’engouement et il avait été décidé que j’irais dès le matin de la sortie dans une bureau de tabac de Moncoutant. Nous avions choisi cette enseigne car le patron n’était autre que le représentant des buralistes en Deux-Sèvres, un habitué de notre micro, qui nous connaissait bien, et qui avait une boutique assez grande pour accueillir du monde. L’idée était d’aller sur place, de recueillir des témoignages de gens qui venaient acheter le journal. Ce matin là, alors que le jour n’était pas encore tout à fait levé, je franchissais les portes de ce bureau de tabac sans me douter que ce serait un peu compliqué. En effet, ce fut une succession de clients, tous voulaient acheter le journal mais il était déjà réservé depuis plusieurs jours.  Il fallait que je demande d’abord aux gens s’ils acceptaient de répondre à quelques questions sur Charlie Hebdo. Premier écueil : le sujet sensible et délicat. Deuxième écueil : la présence du micro, regardé par mes interlocuteurs avec souvent de la crainte. Sur l’ensemble du reportage que vous avez pu entendre, j’ai du interrogé une dizaine de personnes. Un micro-trottoir, c’est ça : on met de côté une multitude de reportages pour n’en garder au final que quelques uns, les plus significatifs, les plus parlants. Difficile aussi de recueillir des témoignages sur la longueur, beaucoup m’ont fait des réponses courtes pour ne pas dire en monosyllabes (« oui », « non », etc…). A moi de poser correctement la question pour éviter d’avoir ensuite ce genre de réponses. Ce matin là, je suis resté en retrait de la caisse avec mon micro en évidence, dans une main, près du kiosque où étaient disposés les exemplaires de Charlie de sorte que les gens n’étaient pas trop surpris et puis je leur demande toujours s’ils acceptent de répondre. Certains n’ont pas voulu, d’autres se disaient pressés et puis encore d’autres ont joué le jeu. J’ai pu ensuite prendre quelques minutes pour interroger le patron du bureau de tabac, il me fallait en effet un témoignage pour compléter ce sujet, ne garder que des réactions du public cela aurait été un peu léger. Il fallait compléter avec le gérant pour savoir si c’était une matinée exceptionnelle selon lui en terme de ventes, ce qui était visiblement le cas. Là encore, cela rajoutait une info supplémentaire et cela rajoutait le caractère exceptionnel de l’événement. J’ai du terminer vers 10H30 mon sujet, je suis remonté dans ma voiture et je suis rentré à la radio où j’ai ensuite monté mes interviews pour les diffuser dès le journal de 12H car c’était l’actu de la matinée. Une partie pour midi, une autre pour le soir afin de ne pas avoir les mêmes interlocuteurs. Dans le trajet entre le bureau de tabac et la radio, une vingtaine de minutes, j’avais déjà dans ma tête mis de côté et sélectionné les morceaux choisis, l’expérience fait qu’on est plus rapide et que l’on cible plus pour gagner du temps.

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