« Qu’est ce qui fait courir Julia Verdi ? »

Voilà un livre qui ne laisse pas insensible…surtout quand on n’a plus de travail, surtout quand on se pose des questions sur son travail, surtout quand on aime les animaux et surtout quand on a 36 ans…pardon 37 ans pour notre héroïne, Julia Verdi. Julia est une jeune femme qui habite au Québec, qui travaille pour une grande entreprise de bois, qui vit seule et qui multiplie les conquêtes, mangeuse d’hommes incapable de les garder plus de deux jours dans son lit. Elle semble comblée Julia mais il n’en est rien. Elle court toujours après le bonheur et le jour où elle semble l’avoir trouvé, en la personne de son ancien amour de jeunesse, et bien Julia n’arrive pas à l’attraper. Et pour cause, David, son ancien amour avec qui elle vient de renouer, se tue dans un accident de la route en venant la rejoindre. Alors, est-ce la fin du bonheur et surtout de cette quête du bonheur pour Julia ? pas vraiment puisque sur son chemin, à défaut d’un homme, elle va trouver un chien, ou plutôt une chienne, qu’elle va baptiser tout simplement Fille. Et cette fille va lui redonner le goût à la vie, mais à la vraie vie, tout simplement en la faisant courir après ce qui lui manquait…

Un beau livre, écrit de manière simple, qui fait réfléchir sur les priorités de la vie et qui séduira, par la même occasion, les amoureux des animaux…ceux qui sont persuadés que l’amour d’un animal peut tout simplement redonner le goût d’aimer tout court…

julia verdi

Publicités

L’envers du décor…1

https://app.box.com/s/xo171iigud46yj4zg10ak9vvmxxuc2v5

Ce métier de journaliste a une certaine image, un certain « standing », avec aussi pas mal d’idées fausses ou tout simplement d’ignorances. Ce blog va permettre de décortiquer un peu le travail de journaliste et vous présenter un peu « l’envers du décor ».

J’ai choisi pour commencer cette série un reportage daté du 15 janvier 2015, quelques jours après les attentats qui avaient touché Charlie Hebdo. Semaine un peu particulière car nous étions alors dans une grande émotion, une sorte d’état second après ces attaques qui avaient alors envahi les ondes et les écrans, à la limite parfois de l’overdose. Emotion à la hauteur de l’horreur mais amplifiée, il faut bien l’avouer, par la cible choisie, en l’occurrence la presse, et les médias ont alors réagi de manière parfois un peu exagérée, car on s’était attaqué « à l’un des leurs ». Réaction un peu corporatiste mais partagée par l’ensemble ou une grande partie de la population. Dans ce cas, difficile de faire son métier sereinement. S’est alors posée la question très vite, au sein de la rédaction où je travaillais, de la manière de traiter le sujet au plan local. Il s’agissait d’un événement national, de portée presque mondiale. Passée l’émotion, il a fallu trouver alors ses sujets permettant de parler du sujet sans pour autant en faire trop. L’occasion nous a été donnée avec la parution d’un nouveau numéro de Charlie Hebdo, le premier d’après les attentats, là aussi une portée symbolique. J’avais pressenti un peu l’engouement et il avait été décidé que j’irais dès le matin de la sortie dans une bureau de tabac de Moncoutant. Nous avions choisi cette enseigne car le patron n’était autre que le représentant des buralistes en Deux-Sèvres, un habitué de notre micro, qui nous connaissait bien, et qui avait une boutique assez grande pour accueillir du monde. L’idée était d’aller sur place, de recueillir des témoignages de gens qui venaient acheter le journal. Ce matin là, alors que le jour n’était pas encore tout à fait levé, je franchissais les portes de ce bureau de tabac sans me douter que ce serait un peu compliqué. En effet, ce fut une succession de clients, tous voulaient acheter le journal mais il était déjà réservé depuis plusieurs jours.  Il fallait que je demande d’abord aux gens s’ils acceptaient de répondre à quelques questions sur Charlie Hebdo. Premier écueil : le sujet sensible et délicat. Deuxième écueil : la présence du micro, regardé par mes interlocuteurs avec souvent de la crainte. Sur l’ensemble du reportage que vous avez pu entendre, j’ai du interrogé une dizaine de personnes. Un micro-trottoir, c’est ça : on met de côté une multitude de reportages pour n’en garder au final que quelques uns, les plus significatifs, les plus parlants. Difficile aussi de recueillir des témoignages sur la longueur, beaucoup m’ont fait des réponses courtes pour ne pas dire en monosyllabes (« oui », « non », etc…). A moi de poser correctement la question pour éviter d’avoir ensuite ce genre de réponses. Ce matin là, je suis resté en retrait de la caisse avec mon micro en évidence, dans une main, près du kiosque où étaient disposés les exemplaires de Charlie de sorte que les gens n’étaient pas trop surpris et puis je leur demande toujours s’ils acceptent de répondre. Certains n’ont pas voulu, d’autres se disaient pressés et puis encore d’autres ont joué le jeu. J’ai pu ensuite prendre quelques minutes pour interroger le patron du bureau de tabac, il me fallait en effet un témoignage pour compléter ce sujet, ne garder que des réactions du public cela aurait été un peu léger. Il fallait compléter avec le gérant pour savoir si c’était une matinée exceptionnelle selon lui en terme de ventes, ce qui était visiblement le cas. Là encore, cela rajoutait une info supplémentaire et cela rajoutait le caractère exceptionnel de l’événement. J’ai du terminer vers 10H30 mon sujet, je suis remonté dans ma voiture et je suis rentré à la radio où j’ai ensuite monté mes interviews pour les diffuser dès le journal de 12H car c’était l’actu de la matinée. Une partie pour midi, une autre pour le soir afin de ne pas avoir les mêmes interlocuteurs. Dans le trajet entre le bureau de tabac et la radio, une vingtaine de minutes, j’avais déjà dans ma tête mis de côté et sélectionné les morceaux choisis, l’expérience fait qu’on est plus rapide et que l’on cible plus pour gagner du temps.

Lettre à…ma conseillère Pôle Emploi

La vie peut parfois nous réserver des surprises. Il y a quelques mois de cela, je franchissais les portes de Pôle Emploi le micro à la main, bravant tous les obstacles pour aller directement dans le bureau de la directrice, discuter avec elle du marché du travail, et ressortant avec un sentiment plutôt léger en se disant que je n’étais que de passage. Et puis, aujourd’hui, Madame, je suis bien obligé de vous écrire cette lettre car ce mardi matin à 10H30, j’ai franchi les portes de l’agence Pôle Emploi avec un statut différent, celui de demandeur d’emploi. Je suis désormais passé de l’autre côté de la barrière et me voilà assis en vous attendant, à côté de ces gens, confrontés aussi à ce sentiment quelque part entre la honte et la crainte de se dire que nous sommes désormais dans une autre « catégorie » de la société, ce que l’on appelle communément les inactifs. Moment un peu surréaliste ce matin, Madame, en vous attendant, car je me faisais la réflexion que nous n’étions pas si mal dans vos locaux flambant neufs, plutôt accueillants et j’aurais presque envie de dire chaleureux alors que, je le crois, nous étions nombreux à nous dire que nous aurions aimé être ailleurs. L’attente n’a pas été trop longue, Madame, les rendez-vous semblaient s’enchaîner assez facilement et rapidement, je n’avais aucune crainte quant à votre ponctualité, cela ne me dérangeait pas outre mesure puisque je me suis pris à regarder autour de moi, à regarder ces visages, symbole d’une certaine diversité : des jeunes un peu perdus, des jeunes un peu plus habitués, des femmes seules un peu plus âgées ou encore cette jeune femme très élégante et qui dénotait quelque peu avec les lieux. Et puis, il y avait vos collègues, Madame. Là aussi, diversité oblige, des jeunes plutôt souriantes et dynamiques, des moins jeunes assez sèches et directives avec des demandeurs d’emplois un peu perdus et qui, par pure bonne foi, avaient préféré faire le déplacement et se voyaient alors répondre qu’il ne fallait pas se déplacer. Oh, je sais, Madame, cela peut vous surprendre aujourd’hui, mais certaines personnes ont encore besoin d’une certaine humanité.

Mon tour est ensuite venu. Le moins que l’on puisse dire est que notre premier échange est parti sur des bases quelques peu bancales puisque vous n’aviez, soit disant, pas trouvé mon nom de famille. Affirmation aussitôt démentie lorsque nous nous sommes assis dans votre bureau, pardon, dans votre box. Oui, un box, différent d’un bureau qui est plus personnalisé et plus chaleureux, ce box avec une simple cloison ouverte en partie pour entendre l’échange d’à côté, ce qui enlève toute forme d’intimité, si on peut parler d’intimité dans ces circonstances. Vous m’avez demandé mon CV, vous l’avez parcouru, et j’ai attendu la question, posée déjà il y a de nombreuses années lorsque je n’avais été que de passage dans votre vénérable institution : « mais vous faites quoi exactement, c’est quoi présentateur ? ». Et là, on se dit alors que l’entretien va être long. J’ai bien vu dans vos yeux une certaine forme d’incompréhension, peut-être un léger agacement d’être face à une personne dont vous n’arriviez pas à déterminer les contours et les attentes professionnelles. Puis, vous avez entamé votre discours bien rodé, vous avez alors cliqué, recliqué, déplacé votre souris, re-re-cliqué et même double-cliqué en tentant vainement de me faire rentrer dans des cases manifestement inexistantes dans votre logiciel pourtant si bien conçu. Dès le début, vous m’aviez annoncé la couleur, nous n’avions que 40 minutes et nous étions déjà en retard. J’ai très vite compris, Madame, que vous n’aviez pas le temps et que c’était peine perdue de vous expliquer la complexité de ce métier qui fonctionne beaucoup par réseau et je n’ai même pas pris la peine de vous dire ce que, peut-être, vous saviez déjà : je n’avais pas vraiment besoin de vous. Mais, nous avons joué le jeu, ensembles, nous avons tenté de faire bonne figure, vous de vous intéresser à mon cas et mes compétences et moi en acceptant un outil censé favoriser le retour à l’emploi et qui devrait (conditionnel…) me permettre de faire le point sur mes compétences et surtout mon orientation. Nous avons dépassé le temps imparti durant notre entretien (je l’ai vite compris à votre précipitation qui allait crescendo), vous avez imprimé bon nombre de feuilles, vous m’avez fait signer quelques documents, histoire d’attester de notre rendez-vous, peu importe sa teneur et peu importe son efficacité.

Signe d’impatience, mais aussi parfois signe d’impolitesse, vous vous êtes levée en premier, me signifiant ainsi que notre entretien était terminé. J’avais encore des questions à vous poser, je pense, j’avais besoin de faire le point sur mon orientation, savoir où je vais, dans une période où je me pose beaucoup de questions sur mon métier, ma capacité à le poursuivre en dépit des contraintes géographiques et désormais personnelles, ma réelle volonté de bifurquer quelque peu de voie mais avec la crainte d’engager un processus que je n’espère pas irréversible. Vous ne m’avez pas vraiment rassuré sur l’ensemble de ces points, je n’attendais pas vraiment de solutions miracles en venant vous voir. Vous m’avez serré la main et indiqué la porte située au fond du couloir, sans même me raccompagner. Je vous ai trouvé presque touchante, Madame, avec votre petit sac en coton équitable (sûrement acheté sur un petit marché solidaire) et que vous n’avez pas quitté durant l’ensemble de notre entretien et que vous avez réajusté sur votre épaule au moment de nous quitter. Sac dans lequel sûrement vous devez conserver vos effets personnels, trop précieux pour être laissés à la vue de tous sur un bureau ou sur votre chaise. J’ai presque eu une certaine compassion pour vous, Madame, toute menue, remettant votre sac sur votre épaule, visiblement usée par d’innombrables entretiens qui se succèdent au fil des jours et qui ne sont pour vous que des numéros ou des dossiers plus ou moins personnels. La modernité, Madame, le progrès technique, les nouvelles technologies, c’est très bien, il faut vivre avec son temps mais la différence avec une machine, c’est notre humanité et, ça, peu importe le progrès, peu importe le logiciel, sur ce point, c’est un petit peu comme votre sac, Madame, c’est pas encore tout à fait équitable…

 

Contrat Définitivement Incertain…

Alors que le débat fait rage en ce moment sur la loi travail de notre ministre en charge de ce dossier ô combien sensible, alors que j’ai écrit il y a quelque temps un texte parlant des différentes formes de divorce, il me paraissait nécessaire et même logique d’évoquer aussi le commencement, à savoir l’embauche et ce fameux contrat que l’on signe.

C’est un peu comme le Saint Graal, on nous en parle dès le collège, puis ensuite au lycée et surtout durant les années universitaires. Ce fameux contrat de travail, synonyme de réussite mais aussi, et c’est bien là le paradoxe, synonyme d’enfermement dans un système, une routine qui devient quotidienne pendant plusieurs années. Et quand je dis plusieurs années, je reste optimiste. Car, oui, aujourd’hui, terminé le contrat de travail à la papa comme l’on dit, le CDI signé il y a 30 ou 40 ans et qui vous garantissait une longévité dans l’entreprise presque égale à votre durée de vie active, en clair, vous emmenez tout droit vers la retraite après des années passées dans un environnement qui devient tellement familier qu’on aurait presque une petite larme en partant. Oui mais ça, c’était avant. Avant quoi d’ailleurs ? Avant un changement en profondeur mais en douceur de la société et surtout des idées liées à ce marché du travail qui a franchi le cap des années 2000 sans trop se soucier de son image. Car oui, aujourd’hui, le contrat de travail a une toute autre image de celle qu’il avait par le passé. Et quand je parle du contrat de travail, je parle du célèbre CDI, contrat à durée indéterminée, censé nous garantir une longue et prospère période de travail et de rémunération. On a grandi, pour beaucoup d’entre nous, dans l’illusion que ce CDI tant convoité était LA solution, la clé de tout mais force est de constater que, de nos jours, cette notion a quelque peu du plomb dans l’aile. Tenez, prenez un jeune journaliste qui débute et qui en a marre de vivre à la pige, c’est à dire de travailler à la journée selon les bons vouloirs de rédacteurs en chef tout puissants, qui vit de CDD ici et là et qui, un jour, ne résiste pas à la tentation de l’emploi un peu plus stable, le fameux CDI tant convoité. Ce jeune journaliste, il a alors 25 ans et il se dit que c’est un bon âge pour s’enraciner quelque part. Il est d’autant plus confiant qu’il signe ce CDI dans un grand groupe, un groupe de médias qui possède de nombreux titres en presse écrite et plusieurs radios bien connues. Bref, il se croit à l’abri. Mais, notre journaliste ne voit alors pas venir le licenciement, soit disant économique (pour un grand groupe dont les profils avoisinent le milliard, il y a de quoi se poser des questions), seulement au bout d’un an et demi ! Durée indéterminée qu’ils disaient…Peut-être un peu trop prise au pied de la lettre cette expression car en effet la durée était si indéterminée qu’elle en était bien trop courte au goût du jeune et éphémère nouveau salarié. Ce même jeune journaliste qui, au hasard de ses reportages avait rencontré des jeunes qui ne voulaient qu’une seule chose, un emploi garanti pratiquement à vie, un souhait qui laissait forcément songeur.

Et aujourd’hui, en 2016, cette notion d’incertitude est d’autant plus renforcée qu’il existe désormais des moyens plus faciles de quitter ce fameux CDI. Ce CDI qui est un véritable paradoxe car on peut être, dans un premier temps, ravi de le décrocher car il peut alors signifier (c’est du moins ce que l’on pense dans un premier temps) une certaine stabilité de l’emploi mais il est aussi, dans un deuxième temps, parfois, un véritable frein à une possible évolution ou un éventuel changement de carrière, tant il peut être contraignant de s’en défaire. Une sorte de « je t’aime moi non plus » qui s’installe entre l’employé et son contrat, une danse certes entraînante dans un premier temps bien parfois douloureuse lorsqu’on veut absolument quitter la piste de danse. Et que dire de la fonction publique où cet emploi est là véritablement garanti à vie, une notion aujourd’hui totalement dépassé tant le monde de l’entreprise a totalement changé et ne correspond plus à ce statut né après guerre et qui correspondait à une période donnée totalement différente. Dans ce cas, les verrous sont encore plus solides, encore plus restrictifs et ce que l’on croyait être un eldorado devient alors une sorte de prison dorée.

Voilà pourquoi aujourd’hui plutôt que Contrat à Durée Indéterminée, il est plus judicieux de parler de Contrat Définitivement Incertain car signer un CDI ne garantie pas, loin de là, un avenir radieux à long terme. Il a de ceci de commun avec le CDD, c’est sa date de fin. L’avantage avec le CDD, c’est qu’il n’y a pas de surprise et que cette date, et bien on la connait à l’avance et on peut alors s’y préparer au mieux.

cdi_origami.jpg

Leçon n°1 : savoir communiquer

Leçon n°1 : savoir communiquer

Ah, savoir communiquer…c’est tout un art quand on se retrouve dans une position où on n’a pas d’autres choix que de communiquer justement, la position de chercheur d’emploi. Aujourd’hui, les moyens de communication sont tels qu’il est pratiquement impossible de passer à côté de sa com’ et pourtant, même avec la meilleure volonté du monde, les résultats ne sont toujours pas au rendez-vous.

En effet, après avoir listé les candidats potentiels à qui vous souhaitez adresser un courrier ou une candidature, il ne vous reste plus qu’à choisir le mode de transport si l’on peut dire. Le traditionnel : le courrier écrit à la main, l’enveloppe cachetée avec notre propre salive, cette même salive qui sert à coller un timbre sur ce bout de papier que l’on va glisser religieusement dans la fente de la boîte postale en souhaitant qu’il arrive à destination et qu’il ne se perde pas dans les méandres d’un labyrinthe fait de sacs et de camionnettes jaunes. Voilà pour le traditionnel. Mais, aujourd’hui, il y a la méthode virtuelle, celle qui consiste à trouver la bonne adresse mail (là encore rien n’est simple et on n’est pas à l’abri de retrouver son mail dans la corbeille des spams, obligé de cohabiter pendant un certain temps avec des publicités vantant des produits miracles censés vous allonger le pénis) et là, d’un simple clic, vous envoyez une lettre de motivation et un CV en peu de temps. Pas besoin de vous déplacer et surtout économie de salive, c’est bien connu le demandeur d’emplois tire sur la corde niveau budget. Voilà pour le virtuel.

Point commun aux deux méthodes : le résultat. La plupart du temps, vous n’obtenez aucune réponse. Et, je dois avouer qu’il n’y a pas grand chose de plus agaçant, de plus navrant et, autant le dire, de plus scandaleux de ne pas obtenir ne serait-ce qu’un simple mail de quelques lignes, que dis-je, de quelques mots même négatifs mais qui ont au moins une valeur, celle d’une preuve, que votre missive a bien été lue, peut-être survolée mais au moins consultée par la personne concernée. Et c’est là le grand paradoxe de notre siècle, le 21ème, mais c’était aussi le cas dans la fin du 20ème quand internet a fait son apparition, on décuple les moyens de communication, on les simplifie même, on gagne en rapidité mais on n’a toujours pas gagné en politesse, toujours pas gagné en savoir-vivre. Un savoir-vivre qui consiste à répondre lorsqu’on vous fait parvenir un courrier. Imaginez la situation suivante : vous allez à la boulangerie, vous demandez une baguette, la boulangère ne vous dit pas bonjour, ne vous parle pas, ne vous dit pas au revoir. Dans la majorité des cas, il faut l’avouer, même si le pain est bon, même si vous avez envie de manger ce pain là, même si les étals de cette boulangerie vous plaise, vous n’allez retenir que la mauvaise humeur et l’impolitesse de la boulangère et si vous en avez le choix, vous irez dans une autre boulangerie. C’est un peu la même chose lorsqu’on parle d’emploi et lorsqu’on se retrouve de l’autre côté de la barrière, celle du demander, celle du quémandeur, celle du chômeur qui n’a qu’une seule envie : travailler mais qui, non content de se heurter à quelques refus de la part des entreprises, doit aussi subir l’impolitesse, l’incorrection et le mépris d’interlocuteurs visiblement trop pressés, trop débordés pour répondre un simple « j’ai bien reçu votre candidature mais nous n’avons aucun poste pour le moment ». Montre en main, écrire cette phrase m’a pris moins de 30 secondes, ce qui, comme dirait la chanson, peut s’apparenter à un détail pour vous mais pour nous ça veut dire beaucoup.

Alors, bien sûr, on peut ensuite montrer du doigt une certaine catégorie de la population, dire que les demandeurs d’emplois ne font pas grand chose, dans leur grande majorité, pour sortir de cette situation qui les place parfois en marge de la société dite « active », on peut considérer que le chômeur est un éternel passif qui se contente de toucher ses allocations et qui, au bout du compte, ne souhaite pas reprendre une activité pour montrer son savoir-faire, n’a plus envie de se lever le matin pour aller au travail et surtout fumer des clopes et boire des cafés plusieurs fois par jour. Alors, oui, on pourrait le penser mais avant tout, on peut aussi, à un moment donné, se mettre dans la peau de ce chômeur, juste quelques minutes, et  se demander si cette « spirale de l’inactivité » ne pourrait pas prendre fin à partir du moment où l’on montre un peu de considération, avec un zeste de savoir-vivre et un doigt de bon sens, lorsqu’on reçoit, non pas une déclaration d’amour, le mot est bien trop fort, mais une attention particulière et une certaine forme d’intérêt pour la société dans laquelle on travaille et la fonction qu’on occupe.

Communiquer paraît incontournable aujourd’hui, mieux communiquer me paraît aujourd’hui bien plus indispensable.

Garçon, une pression s’il vous plait…

Et si la vie n’était qu’un gigantesque sous-marin, toujours en plongée, toujours au fond de l’abîme et donc toujours sous pression ? On est en droit de se le demander et si l’on prend les grandes étapes de la vie, et bien on s’aperçoit que cette pression ne nous quitte jamais, pire, elle est présente et parfois bien trop influente sur les choix que l’on peut faire.

Tout commence très tôt, dès la naissance avec la première pression : celle de sortir d’un environnement plutôt douillet, imperméable aux grandes catastrophes et protecteur, le ventre de la mère. Pression de savoir si l’enfant va sortir correctement ou si dès le début, on va lui mettre un peu la pression pour le faire sortir soit plus vite ou mieux avec une technique bien moins naturelle que celle prévue. Et ça ne s’arrête pas là, non, à peine le premier sein avalé (et là encore, il y a la pression des sage-femmes et autres auxiliaires de puéricultrice pour vous convaincre mesdames d’allaiter, c’est teeeelllleeeement mieux pour l’enfant !), et bien vous voilà enfant, victime de la pression de l’entourage, de vos parents qui espèrent que vous ferez vos nuits rapidement, que vous ne souffrirez pas trop à l’apparition de vos premières dents, que vous marcherez dès 9 mois (et oui, quand on sait que le petit voisin ou la petite cousine a déjà fait ses premiers pas…) et que vous prononcerez une phrase avec sujet, verbe et complément dans la foulée.

Pas de répit, car les premiers pas sur les bancs de l’école sont là aussi une formidable pression. Pression des enseignants, pression des camarades de classe, pression des parents pour que les résultats de l’enfant soient à la hauteur (à la hauteur de quoi, on ne le sait pas toujours). Et cette pression, vous allez alors la ressentir pendant toute votre scolarité avec un système de note qui peut faire débat mais qui a le mérite de situer un enfant par rapport à un autre, ou du moins par rapport à une moyenne (reste à définir ladite moyenne…). Et puis, très vite, cette pression scolaire va se transformer en pression sociale. La pression sociale, c’est celle qui fait son apparition dans un âge que beaucoup espère oublier, vous savez, celui qui se situe entre 12 et 18 ans, grosso modo, cet âge où l’apparence et l’image sont une pression si forte qu’elle peut parfois conduire à des drames personnels. Cette pression de l’autre, de la société pour ressembler à tel ou tel, pour vivre des émotions comme si nous étions programmés pour cela et de manière uniforme, cette pression de l’entourage (famille et amis) qui s’étonnent qu’à 17 ans vous n’ayez toujours pas goûté aux joies de l’amour, cette joie qui n’en est qu’une que lorsque vous avez évacué auparavant la pression de pas se tromper et de bien faire pour la première fois où vous découvrez le désir charnel. On ne relâche pas la pression, loin de là, avec l’entrée dans la vie active, et là, c’est une pression salariale qui se met en place, celle qui consiste à remplir des tâches, des objectifs dans le seul but d’y trouver, soit disant, un épanouissement avec à la clé, comme l’âne et sa carotte, un salaire qui nous permet de vivre et donc de pouvoir accentuer encore plus cette pression.

Et oui, qui dit salaire dit alors logement et qui dit logement dit, tout d’abord, loyer. Et vient ensuite cette pression de devenir propriétaire. Comme si la perspective de s’endetter sur 20 ou 30 ans en payant des mensualités mais aussi et surtout des intérêts parfois élevés, était un accomplissement, une fin en soi, bref un bonheur absolu. Alors, bien sûr, cette pression ne vient pas immédiatement, non, elle est beaucoup plus évolutive, elle arrive par petites touches, par vagues successives et surtout à partir de 30 ans. Cette pression immobilière s’accompagne, ça va de soi, d’une pression « nataliste ». Et oui, si vous avez réussi à échapper à la pression de la société qui vous regarde d’un drôle d’air car à 30 ans vous êtes toujours seul, et bien alors vous tombez dans la catégorie de la pression nataliste. A peine remis de votre rencontre et alors qu’il est de bon temps d’en profiter un peu, surtout lorsqu’on a pas mal cherché et pas mal galéré pour trouver la perle rare, et bien alors, arrive la pression qui consiste à se demander « mais à quand le bébé ? ». Et là, pareil pour que l’accession à la propriété, l’accession à la parentalité, c’est aussi se demander pourquoi on ne changerait pas alors une vie qui nous convient tout à fait, composée de petits bonheurs simples et libérée de toutes contraintes, pour s’enfermer dans un quotidien fait d’incertitudes, de nuits hachées pour ne pas dire blanches, et de soucis multipliés par 10 (voire 100) ? L’homme est-il à ce point maso pour se priver d’une certaine liberté et s’enfermer dans des cases qui, au final, le contraignent et vont à l’inverse de ce qu’il considérait alors comme un bonheur simple ?

Et puis, comme si cela ne suffisait pas, à peine le temps de digérer cette nouvelle pression parentale, à peine a-t-elle le temps de descendre un peu, qu’un nouveau coup de pression intervient : celui du deuxième enfant. Pression exercée parfois seulement quelques mois, que dis-je quelques semaines, après la naissance du premier. A peine le temps de « savoir comment ça marche », à peine le temps de profiter de moments parfois rares (le silence), de moments moins rares (les pleurs), ou parfois l’inverse (ne soyons pas trop sévère…), que déjà il faut se remettre en scelle. Un peu comme si vous tombiez de vélo en vous fracturant une jambe et plusieurs côtes et aussitôt après, allez disons, un ou deux mois après, on vous incite à remonter sur un deux-roues pour discuter un critérium. Un peu tôt non ? et là encore, cette pression parentale a parfois quelque chose d’insupportable car c’est nier alors la volonté, peut-être, de ne pas réitérer une expérience vécue avec tellement d’intensité qu’elle a indubitablement changé votre vision de la vie. Et je ne parle pas de cette pression, tout aussi insupportable, pour ces nombreux couples qui ne souhaitent pas connaître ce que l’on appelle, avec parfois beaucoup de candeur et de naïveté, les « joies de la paternité ou de la maternité ». Que dire aussi de ces couples qui n’arrivent pas à avoir d’enfants, voyant les années passer et subissant indirectement et douloureusement la pression de cet entourage dans lequel gravitent de plus en plus d’enfants avec, parfois, ce petit regard un peu interrogateur pour ne pas dire inquisiteur de parents comblés envers ceux qui aimeraient le devenir.

Reste le plus compliqué en terme de pression, savoir à quel moment remonter pour ne pas exploser…