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Le premier jour du reste de ma vie…sans toi

Ce matin, lorsque je me suis levé et que je suis arrivé dans la cuisine, comme depuis 17 ans, j’ai attendu tes miaulements, j’ai voulu te donner à manger, ouvrir une boite, te donner ta gamelle et puis ton petit morceau de beurre lorsque je prends mon petit déjeuner. Mais, ce matin, la maison est restée silencieuse et à la place de tes gamelles, il y a désormais une place vide. C’est moi qui les ai enlevé hier soir, après être rentré de chez le vétérinaire où je t’ai accompagné pour ton dernier voyage. Tu étais sur cette table d’opération, les yeux grands ouverts, endormie et sous l’effet de l’anesthésie car jusqu’au bout, tu auras donné du fil à retordre à ce gentil vétérinaire bienveillant qui venait de détecter chez toi une anomalie au foie. Un foie comme un gruyère qui ne te permettait plus de manger depuis des jours, à tel point que tu ne pesais plus qu’un kilo et demi, squelettique, si faible. Il était impossible pour moi de te dire que tu allais t’en sortir, le vétérinaire a été franc et comme tu étais endormie, il t’a alors fait une piqûre pour abréger tes souffrances. J’ai pleuré, tu sais, beaucoup pleuré, je ne voulais pas cette fin entre nous mais je ne pouvais pas t’infliger des souffrances inutiles. Tu as senti cette piqûre, tu as réagi et puis ton cœur s’est arrêté. J’ai cru déceler dans tes yeux, une petite larme, identique à celles, nombreuses, que je versais en te caressant et en te disant combien je t’avais aimé.

17 ans…voilà 17 ans que je t’ai rencontré, 17 ans que j’ai eu le premier coup de foudre de ma vie, ce jour du mois de septembre 2000 où je suis arrivé à la SPA de Bordeaux et où je t’ai ramené, tellement heureux dans une cage de transport. En arrivant, tu as fait tes besoins directement dans la litière, bien disciplinée ! et puis on a appris à se connaitre. Tu n’as jamais eu un caractère facile, mais très vite, entre nous, il y a eu beaucoup d’amour. Tu faisais partie de mon quotidien, tu dormais avec moi toutes les nuits, tu me faisais peur quand tu te mettais en équilibre sur la rambarde du balcon, du haut du 10ème étage où nous habitions mais tu n’es jamais tombée ! La seule fois où on a été séparés, ce fut pour le travail en 2003, un mois et demi, et tu m’en as voulu lorsque je suis revenu. Ensuite, je t’ai emmené avec moi à Brest, Pau, Besançon, Tours, Poitiers (pendant une canicule), la Rochelle…dans des chambres d’hôtel, des appartements…tu t’es toujours adaptée parce que tu étais avec moi. Nous avons souvent déménagés aussi…et preuve que nous étions connectés, un jour à Cahors, en 2006, j’ai su que tu étais tombé du balcon du 1er étage, j’ai ressenti une boule au ventre à un moment donné, je ne sais pas comment cela est possible mais j’ai su que tu étais tombée et je t’ai récupéré en bas sur le parking, sous une voiture, apeurée. Tous les jours, pendant ces années où j’ai vécu seul, tu étais là avec moi, à venir ronronner, te frotter, me « parler », me montrer ton affection et cela m’a fait tant de bien. Je n’ai jamais été malheureux pendant ces longues années de solitude, jamais parce que tu étais là et finalement je n’étais pas seul, préférant ta compagnie à celle des humains parfois. Nous étions tous les deux des animaux sauvages, moi le vieil ours enfermé dans sa tanière et toi, petit tigre, prête à te défendre contre tous ceux qui osaient t’approcher. Il n’y avait que moi qui comptais et tu sais, cette relation exclusive, même si parfois je la regrettais, aujourd’hui je peux l’avouer, j’en étais fier et heureux car je savais que tu n’aimais que moi. Je ne t’ai pas épargné en terme d’épreuves ! En plus des déplacements, il y a donc eu les déménagements et puis ces dernières années, la vie en extérieur (tu es toujours restée là, jamais bien loin), l’arrivée de Sandra, l’arrivée des lapins, l’arrivée de Chloé il y a 2 ans, l’arrivée des poules…d’autres personnes, d’autres animaux qui sont venus quelque peu bouleverser ce quotidien qui n’était fait que de nous deux auparavant.

Je t’ai tant aimé, ma minette, j’ai vécu auprès de toi des bonheurs, des déceptions, des malheurs, des joies, des peines mais tu étais toujours là dans ton rôle de compagne fidèle, quoiqu’il arrive. J’ai redouté ces derniers instants, ce moment où je sais que nos vies ne seront plus mêlées, je savais que ça arriverait quand tu avançais en âge et crois moi, j’ai angoissé depuis bien longtemps. Je n’ai pas eu d’autres choix que de te dire au revoir sur une table d’opération hier, que de te dire de ne pas avoir peur, que de te dire tout mon amour. Tu m’as tellement donné, tellement apporté, je me sens orphelin aujourd’hui et je n’oublierai jamais ce que tu m’as procuré comme bonheur après toutes années. Il n’est pas mesurable, il n’est pas quantifiable et il n’est compréhensible que de moi.

Pardonne-moi si j’ai fait des erreurs, pardonne moi de t’avoir ainsi « abandonné » dans ton dernier voyage mais sache que j’ai toujours voulu ton bonheur, sache que j’ai toujours fait en sorte que tu sois heureuse et ta place dans mon cœur restera une place centrale, une place essentielle et si aujourd’hui je suis ce que je suis, c’est en partie grâce à toi et à cet amour que tu m’as donné au fil de ces années passées ensembles.

Voilà, comme à chaque fois, j’écris une lettre, comme à chaque fois, je dois coucher sur le papier des mots qui me font mal et que j’ai du mal à prononcer à l’oral, j’écris en pleurant et me rappelant ton image. Ce qui est dur aujourd’hui, c’est de passer cette journée sans ta présence dans la maison, tes miaulements, ton ronronnement…Tu aurais du être sur mes genoux pendant que j’écris ce texte, tu aurais du être là ce midi lorsque j’ai mangé mon morceau de viande pour essayer de venir m’en piquer un peu, tu aurais du être là encore parce que je pensais, comme pour les autres personnes qui me sont chères à mon cœur, que tu serais éternelle et je n’arrive pas à me dire que ces 17 années ensembles sont désormais terminées. Il va falloir continuer à vivre sans toi, c’est ainsi et j’espère que tu me regardes de là où tu es, j’espère que tu te rappelleras de moi comme moi je me souviens de ton pelage, de tes yeux, de tes belles moustaches et de ton fichu caractère !

Une page de ma vie vient de se tourner avec ton départ, elle me renvoie des images, des moments, des personnes, des situations de ces 17 dernières années…images où tu es forcément. Adieu ma minette, adieu mon chat, adieu ma « louloussette », adieu « ma fille » comme j’aimais tant t’appeler. Aujourd’hui, c’est le premier jour du reste de ma vie…sans toi désormais…DSCF7853.JPG

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Rosalie, Rosalie, oh…

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Rosalie, Rosalie, dans quel état
Tu m’as mis cet été, dans quel émoi
J’adorais ma doudou, je me souviens
Qu’elle dansait, qu’elle dansait, qu’elle dansait bien

Désolé ma Rosa, j’ai été chercher une référence pas très « culturelle », la chanson de Carlos, qui n’a sûrement pas inspiré ton prénom mais dont les paroles, je trouve, collent parfaitement avec la situation du moment.

En ce week-end du 15 août, ton « assomption » à toi aura été plutôt une ascension vers le ciel. Voilà 15 jours que tu te battais comme une vilaine piqûre, vipère ou frelon ou abeille on ne le saura jamais, toi qui aura connu des moments très difficile avec un arrêt de ton transit, une insuffisance rénale voire même un petit AVC…mais tu as été une petite lapine courageuse, tu t’es battue et tu es revenue à la maison, tu allais mieux, tu avais retrouvé ta copine, tu semblais de nouveau heureuse, ta grosse croûte à la babine était sur le point de tomber, elle est d’ailleurs tombée en arrivant à la clinique ce dimanche matin, cette clinique que tu connaissais bien désormais mais qui aura été ta dernière demeure.

Ne m’en veux pas Rosalie, je n’ai pas vu la maladie qui te rongeait, persuadé que ton état s’améliorait alors que tu recommençais de nouveau à souffrir. N’ayant pas de choix possible, étant dans une impasse, j’ai pris alors cette terrible décision que je redoutais tant depuis longtemps : abréger tes souffrances. On me dit, bien sûr, que c’était pour ton bien, que c’était la meilleure solution mais, pardonne moi, ma Rosalie, je t’ai tué, toi qui étais seulement à la moitié de ta vie. Pardonne moi de ne pas avoir veillé suffisamment sur toi, pardonne moi de t’avoir empêcher de vivre jusqu’au bout ta vie de lapin. Tu t’es endormie paisiblement alors que je te caressais, tu a rendu très vite ton dernier souffle et tes yeux fixes m’ont alors regardé, m’ont alors fixé, comme la dernière image que tu as emporté avec toi. J’espère, ma Rosalie, que tu auras été heureuse. Nous t’avons offert une vie de lapin, je le pense, bien au dessus de la moyenne, toujours en liberté, avec ta propre maison que tu t’es construite à coup de pattes, ton terrier, tes escapades dans mon potager pour manger mes fraisier et mes carottes, tes courses poursuites avec ta copine Noisette, toi qui avais si bon appétit, qui était si vivante et je le pense, du moins je l’espère, un peu heureuse. Je t’ai aimé tellement ma Rosalie, j’ai tellement souffert de te voir malade, diminuée, toi qui avait été si résistante, si forte, qui avait survécu à ta précédente copine mais qui laisse désormais une petite orpheline, celle qui se reposait sur toi, qui t’aimait tant. Je sais aussi que j’ai fait beaucoup plus que certains auraient fait, nous n’avons pas regardé à la dépense malgré nos difficultés pour t’offrir les meilleurs soins mais cela n’aura, encore une fois, pas suffit. La faute à pas de chance pourrait-on penser, la faute à des négligences selon mon propre avis mais au final, le résultat est là : tu devais partir.

Je t’ai accompagné dans ce dernier moment avec cette pointe de culpabilité qui me rongera jusqu’à la fin de ma vie, celle de t’avoir pris la tienne dans une décision qui était extrêmement douloureuse. J’avais une responsabilité lorsque je t’ai sorti de cette animalerie, celle de t’offrir une belle existence, de m’occuper de toi en toutes circonstances et de ne jamais t’abandonner. J’ai failli, je le pense, en partie dans ma mission, même si je sais que beaucoup ne comprennent pas, n’auraient pas fait le tiers ou même le dixième que nous avons fait pour toi. Mais, je garde au fond de mon coeur cette grande tristesse, ce vide, ce sentiment d’abandon, toi qui, même en semi-liberté, avait gardé un côté sauvage mais qui me donnait tant d’amour, bien plus que beaucoup d’êtres humains. L’animal a ceci de mieux que l’homme, c’est qu’il ne déçoit jamais ou très rarement, c’était le cas pour toi, tu ne m’as jamais déçu ma Rosa, jamais tu ne m’as trahi, jamais tu ne m’as rendu malheureux volontairement, je ne l’oublierais jamais et je tenterais de veiller sur ton binôme, cette Noisette qui va se sentir si seule mais qui, j’en suis sûr, aura eu pendant deux ans la meilleure « maman de substitution »…

Rosalie Rosalie pauvre de moi
Tous les jours tous les jours je pense à toi
Ça vient d’où ma doudou ton grand dédain ?
Je suis seul au dodo, j’ai du chagrin

Rosalie Rosalie doudou dodue
Tu me tues, je suis fou, je suis foutu
Je revois ma doudou je me souviens
Qu’elle dansait, qu’elle dansait, qu’elle dansait bien

Qu’elle dansait, qu’elle dansait, qu’elle dansait bien
Qu’elle chantait, qu’elle chantait, qu’elle chantait bien
Qu’elle m’aimait, qu’elle m’aimait, qu’elle m’aimait bien
Qu’elle mentait, qu’elle mentait, qu’elle mentait bien

Rosalie, Rosalie – Oh
Rosalie, Rosalie – Ah

Oh, mamie, oh mamie blues…

Longtemps tu as été un phare dans la nuit, une lumière que je voyais briller toujours au loin, cette lumière qui s’est éteinte il y a maintenant 10 ans, une lumière devenue une simple lueur et qui s’est estompée au fil des années pour ne devenir qu’un léger scintillement lointain. Ce phare qui me permettait de naviguer sans trop de dommages sur un océan bien encombré de déchets et dont je ne voyais pas toujours l’horizon, alors je me raccrochais à la lumière du phare pour ne pas couler. Aujourd’hui, le bateau a navigué, tant bien que mal, malgré les tempêtes mais il vient de lancer une fusée de détresse et personne pour y répondre. Le phare reste vide, désespérément éteint, sans vie et sans réponses à ses messages envoyés, ces SOS d’un petit-fils en détresse. Dix ans, c’est long, mais court à l’échelle d’une vie, en dix ans, il s’en passe des choses, tellement de choses qu’on en oublie l’essentiel, ce quotidien si prenant, si usant, si fatiguant, si enfermant, à tel point qu’il efface de notre mémoire les gens qui ne sont plus là, gommant peu à peu les traces d’un passé qu’on croyait heureux et qui va se ranger au fil du temps dans l’un des nombreux tiroirs de notre cerveau, un peu trop caché peut-être parfois et de plus en plus poussiéreux pour terminer comme un vague souvenir. Il est là le drame de la vie, le quotidien grignote petit à petit ce passé enfoui dans un coin de notre tête, ces nouvelles images, ces nouvelles sensations, ces nouvelles expériences ont besoin de place alors elles empiètent sur ces souvenirs du passé, ces images réconfortantes, ces odeurs et ces mots échangés. Tu m’as laissé bien seul, il y a dix ans, et aujourd’hui, chacun à notre manière nous sommes très entourés, mais au fond de nous, orphelins l’un de l’autre. Moi qui étais si fidèle, et qui venais te voir si régulièrement, voilà bien longtemps que je ne suis pas venu te saluer, ne serait-ce qu’un petit bonjour, l’éloignement géographique y est pour beaucoup. Aujourd’hui, Mamie, je te comprends mieux, toi qui vivais tant dans une certaine mélancolie, voulant se protéger des bassesses et des malheurs du monde. Tu aurais été cependant heureuse d’être arrière grand-mère, tu aurais été fière peut-être d’assister à ce mariage dont tu me parlais tant, tu aurais alors réussi à convaincre Papi qui n’a pas pu ou voulu y assister en raison de son état de santé, ce qui restera pour moi un grand regret de ne pas l’avoir eu ce jour-là à mes côtés. Ton bonheur au prix de ma liberté, la dépense n’en aurait été que minime. Tu aurais eu cependant des angoisses et de l’inquiétude pour ce petit-fils à la carrière déclinante, mais tu ne l’as pas connu, tu n’as vécu que le meilleur, ce temps où tu pouvais m’écouter parler dans le poste, peu importe mon statut, peu importe la précarité, peu importe les difficultés et peu importe la puissance de la radio, même une radio plus importante n’aurait pas eu grâce à tes yeux car trop éloignée pour m’écouter et ainsi ressentir ce sentiment de fierté que tu savais si bien retranscrire ensuite dans tes yeux et dans tes mots. Tu n’a pas connu cette longue descente aux enfers, ce mal-être qui est le mien depuis des mois, tu aurais peut-être eu une influence positive sur ce sentiment grandissant qui me ronge, j’aurais relevé la tête pour toi c’est une évidence, trop soucieux de te renvoyer une image positive, celle d’un schéma qui nous est prédestiné mais dans lequel, parfois, certaines personnes n’y trouvent pas leur compte. Tu n’as pas connu tant de bouleversements dans la vie de ceux que tu aimais, tu n’auras pas connu les écueils, tu n’auras pas connu les drames, tu n’auras pas connu les guerres, tu n’auras même pas connu le remplaçant de Julien Lepers…et oui, impensable à ton époque qu’il soit remercié mais pourtant c’est ce qui est arrivé ! Ce monde d’aujourd’hui t’aurait tellement fait peur, toi l’éternelle inquiète. Alors, je me console en me disant que tu es désormais heureuse, entourée des personnes qui te sont si chères, ce mari que tu aimais tant et que tu ne voulais pas voir disparaître avant toi ou encore cette soeur dont tu étais si proche, et dont le départ avait été comme un arrachement d’une partie de toi. Je vous imagine tous les quatre, en train de faire votre partie de cartes du dimanche, celle qui était devenue un rituel chaque semaine pendant tant d’années et que je suivais avec délice. Je me console en me disant que nous avons un point commun : le goût du sel, celui des larmes qui coulent parfois sur mon visage lorsque je pense à toi et qui ont ce même goût de sel, celui de cet océan sur lequel je tente de ne pas chavirer mais dans lequel, je le sais, il reste toujours ce phare, plus ou moins visible dans le brouillard de plus en plus épais, et qui me permettra, je l’espère, d’éviter les récifs et tout simplement le naufrage…Ce phare qui, un jour, deviendra mon refuge…

Incroyable Horace…

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Sur le papier, on peut dire que Horace a tout pour être heureux : prof d’histoire-géo dans un prestigieux lycée parisien, il habite un bel appartement bourgeois, passe ses vacances d’hiver à Chamonix, l’été dans sa maison du Cap Ferret et il est invité un peu partout en raison du statut de sa femme qui n’est autre que la présentatrice du journal de 20H de la principale chaîne de télévision. Sur le papier oui, mais Horace, après 18 ans de mariage et surtout après d’innombrables dîners ou « brunchs », il s’ennuie. Ses deux enfants, deux ados, ne lui parlent que rarement, entre deux SMS envoyés sur leur téléphone portable, et être marié à la star du 20H n’est pas non plus chose facile, tellement la futilité et l’apparence l’emportent sur des repas interminables et profondément ennuyeux. Horace, il étouffe, il n’en peut plus de ses faux-semblants, de cette vie bien rangée, matériellement aisée mais moralement si pauvre. Alors, Horace, il va écouter son coeur, il va enfin faire ce qu’il a envie, quitte à brusquer un peu les choses comme vider une poubelle entière dans la voiture d’une conductrice qui venait de jeter un paquet de cigarette par dessus sa vitre ou bien encore, pire, abandonner sa famille, femme et enfants, sur une aire de l’autoroute A10 pas très loin de Poitiers, pour pouvoir aller à St Etienne retrouver un ancien ami d’enfance. Horace, il veut du vrai, de la chaleur humaine, des bons sentiments, ce qu’il trouve d’ailleurs chez ses grands-parents qui l’ont toujours soutenu, lui qui ne voulait pas devenir prof d’histoire-géo mais ébéniste et qui avait tout simplement voulu faire plaisir à ses parents. Horace, qui a besoin d’air, qui veut enfin faire les choses qu’il a envie de faire, qui veut profiter de la vie et qui veut surtout qu’on lui foute la paix. Horace est courageux, il est drôle, attachant, sincère surtout et Horace il est parfois (ou souvent) le reflet de notre propre existence et de nos propres envies. Horace, il est libre. Horace, il fait du bien. Merci Horace….

Se souvenir de l’essentiel…

Se souvenir de l’essentiel, c’est notamment se souvenir qu’il y a 70 ans, le monde entier connaissait enfin l’épilogue d’un conflit sanglant, la Seconde Guerre Mondiale. 71 ans exactement ce 8 mai 1945, 71 ans l’âge d’un grand-père, ce grand-père qui a peut-être connu la guerre et ses atrocités.

On a du mal aujourd’hui à se faire une idée de ce qu’était la vie il y a 71 ans, en France comme dans la majorité de l’Europe. On a du mal à s’imaginer ces années de privations, de mort, de haine et pour finir cette libération, cette joie, inversement proportionnelle à la tristesse de ces années sombres, pour ne pas dire noires. Ce dimanche 8 mai 2016, France 2 diffuse un beau documentaire sur la période de l’après-guerre, juste après la libération en 1945 et cette belle phrase en guise d’introduction ou plutôt de problématique : le 8 mai 1945, la France et ses alliés ont gagné la guerre mais vont-ils désormais gagner la paix ? Et c’est en effet cette question qui s’est posée à la Libération, logique au vue de l’ampleur du désastre. Désastre que l’on doit en partie à un homme, Adolf Hitler, fondateur et dirigeant du parti Nazi à partir de 1933. Un homme qui a disparu il y a 71 ans, quelques jours seulement avant l’armistice, preuve d’une certaine lâcheté et d’un profond cynisme à l’égard des nombreuses victimes dont il est le responsable. Des millions de morts, sur fond d’idéologie souvent fondée sur le mensonge, la propagande et les outrances. Et un point de mire : les juifs. Cette haine du peuple juif est née très tôt dans la tête d’Hitler et par ses talents d’orateurs, tous le reconnaissent à l’époque, il va convaincre une bonne partie de la population des dangers que pèsent la présence des juifs au sein de la population allemande, une représentation faible en pourcentage mais suffisante pour en faire des cibles privilégiés de tous les maux de la société allemande. Une société qui ne s’est pas remise de la Première Guerre Mondiale, où la pauvreté se répand partout, où le chômage touche une bonne partie de la population. Hitler va réussir à créer l’illusion d’une amélioration avec une éradication du chômage, du travail pour des millions d’allemands, leur rêve de s’étendre sur une bonne partie de l’Europe relancé, et surtout une fierté retrouvée, cette fierté disparue en 1918 après la défaite. Que dire aussi des hommes qui ont entourés Hitler, de ces fous convaincus de le suivre sur le bon chemin, peu importe les méthodes. On pense alors à Himmler, chef des SS et responsable de ce que l’on a appelé la « Solution Finale » ; on pense à Goebbels, ministre de la propagande, responsable de la diffusion de toutes les informations du parti Nazi entre 1933 et 1945 ; Göring l’un des principaux lieutenants d’Hitler, un homme mégalomane qui va faire entrer l’Allemagne économiquement dans la guerre et qui sera l’un des rares à être jugé à la fin de la guerre au procès de Nuremberg (il se suicidera en prison en 1946) ; ou encore Speer, architecte proche d’Hitler et qui sera nommé ministre de l’armement en pleine période de guerre et qui sera aussi jugé coupable et condamné à 20 ans de prison après la guerre, lui qui n’a jamais reconnu avoir eu connaissance des crimes perpétrés par les nazis, lui qui aura nié jusqu’au bout alors qu’une photo le montre visitant un camp de concentration mais une photo arrivée bien après la période de prescription. Que dire aussi du directeur du camps d’Auschwitz, qui vivait près des fours crématoires avec sa famille de manière tout à fait détendue, et qui sera pendu à l’intérieur même du camps peu de temps après sa libération. Que dire de ces centaines d’habitants « invités » ou plutôt forcés par les alliés à venir voir les atrocités commises dans le camps d’extermination juste à côté de chez eux, persuadés par la propagande qu’il ne s’y passait pas grand chose.

Il est à peine imaginable aujourd’hui de se dire que des millions de gens sont morts entassés comme du bétail dans des camps délimités par des barbelés et gardés par des militaires, qu’un homme ait pu décidé d’envoyer dans des fours des hommes, des femmes, des enfants au seul prétexte de leur naissance et de leur appartenance à un peuple qui faisait jusque là partie de l’humanité sans que cela pose problème. Aujourd’hui 8 mai 2016, comme chaque année, sans avoir connu de telles atrocités mais ayant regardé et lu beaucoup de choses sur cette période, il était important de se souvenir que cette barbarie était née dans les urnes, de manière tout à fait démocratique ne l’oublions pas, que cette barbarie était fondée sur la haine de l’autre, sur le rejet d’une certaine partie de l’humanité, sur la volonté de monter des catégories de populations qui jusque là cohabiter très bien entre elles, qu’il y a eu des millions de gens morts en raison de la folie de quelques uns. C’était il y a 71 ans, l’âge d’un grand-père, celui qui aime tant aujourd’hui partager ses souvenirs mais qui, il y a 70 ans peut-être, partageait l’idée d’une France et d’une Europe libre et sans victimes. Une génération sépare les larmes d’hier avec les sourires d’aujourd’hui, une génération ce n’est pas grand chose, juste assez cependant pour ne pas oublier…trop vite…

Vole, petit oiseau, vole…

oiseau qui vole

Lorsque tu étais bébé, petit oiseau, tu n’avais pas beaucoup de préoccupations. La première d’entre elles, ce fût de casser ta coquille correctement pour pouvoir pointer le bout de ton bec, dans le nid de papa et maman. Tes parents, si attentifs lors des premiers instants, mais très vite préoccupés par la vie quotidienne et l’obsession de nourrir le reste de la famille car tu n’étais pas tout seul, petit oiseau. Et ce fût, là aussi, ton premier problème, de ne pas être seul, cela aurait bien arrangé les choses, être au centre de l’attention, être l’unique pour ne pas laisser la place à de quelconques marques de jalousie. Mais, ça, petit oiseau, ce n’était pas dans tes priorités, tu te contentais d’ouvrir le bec et d’écouter attentivement les conseils de papa et maman. Et puis, vint le jour, petit oiseau, où il fallut prendre ton envol au sens propre comme au sens figuré. Oui, t’envoler de tes propres ailes, quitter ce nid douillet dans lequel tu étais né mais dans lequel, par ailleurs, tu te sentais à l’étroit. Ce jour-là ne fut pas un jour facile, tu le redoutais, tu le craignais, tu pensais que tu n’y arriverais pas et puis, prenant ton courage à bout d’ailes, et bien tu te lanças dans le grand bain de la vie d’adulte. Tu n’étais plus un bébé, tu n’étais plus un oisillon, il te fallait alors trouver ta nourriture, te construire ton propre nid, à l’abri des regards indiscrets et des nombreux prédateurs qui n’étaient jamais bien loin. Cette vie au grand air te convenait parfaitement, petit oiseau, car oui, tu étais fait pour voler de tes propres ailes, tu n’étais pas comme ces oiseaux, noyés dans la masse d’un essaim de plume, tu voulais de l’indépendance et tu voulais surtout découvrir le monde. Ce monde qui t’entourait, qui te faisait envie, qui te faisait peur parfois mais dans lequel tu trouvais toujours la bonne direction, du moins celle que tu t’étais fixé. Tu avais des rêves, petit oiseau, dont celui d’atteindre le soleil, le point le plus haut dans ce ciel qui te tendait les bras mais dont l’immensité te rendait parfois nostalgique du petit nid douillet de ton enfance. Tu ne t’inquiétais pas de devoir refaire ton nid lors de tes différentes migrations, tu trouvais toujours le bon endroit et tu savais en faire un petit sanctuaire dans lequel tu aimais te réfugier. Mais, tu n’oubliais pas pour autant tes rêves, petit oiseau, tu voulais te différencier des autres oiseaux, cela ne pouvait pas passer par le plumage, la nature ne t’avait pas beaucoup gâté de ce côté là, non, toi il te restait un atout : ton chant. Tu savais bien chanter, les notes étaient justes, elles étaient bien « accordées », elles faisaient le bonheur de ton public, ces nombreux passants que tu croisais tous les jours dans ce parc public une fois, dans ce parc privé une autre fois mais toujours tu savais trouver les endroits où le public était rassemblé. Tu voulais qu’on te remarque, et c’est ce qui arriva. On te remarqua, à tel point que sans t’en rendre compte, tu te retrouvas un jour attiré dans ce qui allait devenir ta nouvelle maison : une cage. Une belle cage dorée dans laquelle tu n’avais pas d’efforts à faire pour trouver ta nourriture, elle était là, à disposition, de même que l’eau. Mais, tu l’avais voulu car tu commençais déjà à être fatigué de devoir voler à droite et à gauche. Tu n’avais pas d’autres choix que de chanter dans la journée pour faire plaisir à un public qui était désormais certes moins nombreux mais peut-être plus exigeant. Après tout, tu avais beaucoup voyagé, tu avais vu du pays comme l’on dit et pour toi, petit oiseau, retrouver un certain confort était pour le coup une sorte d’accomplissement, une fin en soi. Pourtant, très vite, petit oiseau, tu te sentis à l’étroit dans cette belle cage, oppressé par ces nombreux barreaux qui t’entouraient et qui te faisaient regretter la nature et ce ciel que tu aimais tant. Tu n’en oubliais pas pour autant tes rêves, ils faisaient désormais partie d’une période révolue de ta vie, tu pensais les dompter, les maîtriser, mais l’envie, elle, était là quelque part, enfouie dans un petit coin de plume. Alors, petit oiseau, tu n’hésitas pas à saisir une opportunité qui ne se représenterait pas deux fois : la porte de la cage était restée ouverte et tu en profitas pour t’envoler, quitter ce confort douillet, protecteur et rassurant, persuadé que tu pouvais encore réaliser tes rêves. Le premier d’entre eux, on le rappelle, était de se rapprocher du soleil mais, ces mois, ces années enfermés dans cette belle cage dorée, avaient quelque peu endormi ta vigilance, et cette soif de rattraper un temps que tu croyais perdu ne te fit pas prendre conscience du risque encouru : celui de se brûler les ailes. Et ce jour là, petit oiseau, tu regrettas alors ta belle cage et cette retraite, certes, privée de ses rêves, privée de liberté, mais offrant malgré tout la sécurité et une vie pour le moins confortable.

La morale de l’histoire, petit oiseau, n’est pas si simple car il y a toujours une morale dans une histoire, tu le sais bien, toi qui aimais écouter ces histoires de corbeau, de renard, de cigale et de fourmi racontées par tes parents. Tu te disais à l’époque que tu ne tomberais pas dans le panneau, petit oiseau, mais pourtant, tu t’es brûlé les ailes. Tu ne voleras plus dans ce ciel immense que tu croyais dompter, tu ne chanteras pas devant tous ces gens que tu croyais intéressés, tu en regretterais presque ta belle cage dorée…tu sais, petit oiseau, avoir des rêves c’est une chose ; pouvoir les réaliser, c’est autrement plus compliqué, il faut juste trouver le bon moyen de pouvoir y accéder, sans se brûler les ailes et sans y perdre son âme. De là à ne plus pouvoir siffler après s’être fait clouer le bec, il n’y a qu’un pas : celui de faire les bons choix mais sans renier ce que tu es…un petit oiseau…alors, un conseil, vole, petit oiseau, vole…